La Nuit du Destin



Mercredi 16 septembre 2009

Ce soir, c’est la nuit du Destin, il parait qu’elle vaut plus que mille mois. Mais quelle est donc cette puissance supérieure, qui fixerait par avance nos existences futures. Toi tu sucreras les fraises à quatre vingt douze ans, les pommettes rosacées par deux siècles de circulation sanguine, toi tu partiras pour toujours à trente cinq ans, avec comme ritournelle les yeux rougis d’ex midinettes.

En plein mois du jeûne, entre l’enfance et l’âge mûr, ils nous quittent à cause d’une grippe qui les saigne comme des porcs ou d’un arrêt cardiaque en guise de bain de jouvence.

Et si notre célibat parfois sine qua non, nos dégaines stéréotypées, nos muscles tout juste dévoilés, faisaient aussi de nous une sorte de boys band, cet avenir sordide est-il notre destinée ?


Sous bonne escorte


Lundi 3 Aout 2009

En France, le secteur des services est en plein boom. L’aide à la personne revêt même parfois des formes inattendues; généreuses, lubriques, vénales et un brin serviles. C’est encore du coté d’internet que tout se passe sur Gayromeo à la manière d’un drame Shakespearien où de beaux garçons se jetent en pâture, excitent le désir, nous font mouiller la culotte et assèchent nos sentiments.

Escort, c’est leur nom de scène, tout cela pour vous accompagner parfois au lit et vous traiter comme une pute, de luxe. Car ils sont payés pour réaliser vos fantasmes, vous faire perdre le contact avec la réalité, réveiller vos périodes de grandes reproductions et transformer vos psychoses en petites morts.

Il faut dire aussi que le taux de chômage atteint des records. Le pôle emploi se privatise et notre vie sexuelle s’affiche à la une des pages web.

En fait l’affaire est ultra rentable; Cent cinquante euros l’heure, six cents la soirée jusqu’à minuit ; mille deux cents la nuit complète, merci gardez la monnaie. Tout cela net d’impôt, et franco de port. Mais il faut le faire. Patauger de nuit dans la misère sexuelle du sexagénaire, avoir la légèreté de se faire mettre la pâtée dans des soumissions obèses et divaguer jusqu’à l’aube de ses quarante ans en accouchant d’un laideron. Chapeau. Et surtout le lendemain en famille, tenter de fondre dans la masse sa vie de patachon.

Quelque part je vous admire, les passerelles vers l’accomplissement de soi évoluent avec le temps, c’est l’âge qui viendra peut être à votre rescousse, pour faire de vous des rescapés.



Pour approfondir le sujet:http://www.lesinrocks.com

Jackson Four


Dimanche 28 Juin 2009

A l’origine, il y a ton nez épaté, ta coupe afro, ton teint d’ébène et ta voix d’acajou.Dans un concert de louanges, tu illumines nos tympans. Tu virevoltes entre les notes, comme les êtres surnaturels de ton monde imaginaire qui font de toi un danseur hors pair. Car tu as toujours fait mieux qu’à l’ordinaire, explosant le box office, jusqu’à fragiliser les pigments de ton mythe interplanétaire. Michael, en 2001, tu te pensais pourtant Invicible, alors pourquoi ce soir ton nouveau voyage instrumental me laisse sans voix.

Bonne fête papa


Dimanche 21 juin 2009

Nicolas, il faut bien parfois que j’écrive ton nom, puisque tu ne m’entends plus depuis ton exil, comme avant devant la télé, les soirs de grandes écoutes.

C’est vrai que j’ai pris un peu de ton nez épaté, que je pince parfois pour lui donner un air aquilin et pour ne pas renifler la puanteur de ton agonie. J’ai aussi pris de ton cheveu crépu, en touffes moins serrées, coupé très court, comme pour faire table rase du passé.

J’ai toujours ton teint café, dilué dans un nuage de lait; dis moi quelle est ma couleur vue du ciel.

Je sais être aussi doux que toi, quand tu prenais ces poses débonnaires le dimanche, pour manger le foutou sauce graine.Tu pimentais mon existence de petit blanc, avec tes nourritures animistes.

Parfois, la mémoire est bonne passoire, elle écume sur mes joues l’eau salée de l’atlantique qui me sépare de toi et m’offre subitement un avenir potable.

Manuel valls, de but en blanc:« Belle image de la ville d’Evry... Tu me mets quelques blancs, quelques whites, quelques blancos... » No comment.

Mercredi 10 Juin 2009




Sauvons les gays !


Samedi 23 mai 2009

En 2009, l’existence du gay semble partir en sucette. De fellations en félonies, l’avenir s’assombrit sur fond de crise boursière. Le clubbing gay se meurt, la faute aux jeunes parait-il, qui ne s’en sortent plus d’internet avec en plus Hadopi qui abreuve les sillons de la répression et la récession qui licencie leur pouvoir économique.

Pendant ce temps, ce cher Iphone 3G s’écoule à plus d’un million d’exemplaires, une sorte de révolution Orange, financée par les Américains, avec une moyenne d’encours de consommation pour l’usager de 86 euros mensuels (quand même). Je les surprends parfois au club de gym avec le bébé Apple dans les mains, en train de lui susurrer des mots doux à l’oreille ou de brayer comme des manchots.

Ce soir, je vais biberonner du glucide à la « Eyes need sugar. ».C’est de l’électro/bobo façon burlesque, à la Loco, à voile et à vapeur. Quinze euros pour une bouffée d’aspartam entourés de boys next door. D’ailleurs, Jimmy pourrait bien en avoir besoin pour payer sa location au Refuge, victime de l’homophobie familiale.Qui a dit famille je vous aime?

Harvey Milk, comme du petit lait


Dimanche 15 mars 2009

Je sors de la salle de projection, mais j’y suis encore. Harvey Milk ou la magnificence d’un art.
Pour Sean Penn déjà, qui pénètre entièrement son personnage, like a virgin.
Pour James Franco aussi, la trentaine solaire, qui tisse désormais sa toile loin du jeune homme araignée.
Pour Gus Van Sant enfin, qui nous donne envie de continuer les combats, armés de souvenirs.
Le film reprend les huit dernières années de la vie de Harvey Milk, qui dans les années 1970 fut le premier homme politique américain ouvertement gay à accéder à des fonctions officielles à San Francisco.
L’engagement public pour défendre la cause d’une minorité rend son auteur éclatant et dévoué, comme un amant héroïque.Et moi, en quasi mauviette, je lutte juste pour retenir mes larmes.

Sentence d'un abruti ou mes tribulations sur le net


Samedi 7 mars 2009

En voila un sur le net qui me traite d’abruti. Il surfe sur un sentiment de supériorité, m’insulte au creux de la vague et sacrifie le respect sur l’autel de la stupidité.
Les débats sur la toile se nourrissent pourtant d’opinions divers et colorées, où tout n’est jamais noir le temps de nos nuits blanches.
Cependant, certains me vomissent leur mépris à la gueule, ils me jugent indigne de considération, pourtant je leur demande si peu.
Dans la vie réelle, les hispaniques ne sont pas mes meilleurs ennemis, ils savent qu’ils peuvent compter sur le souffle de mon indignation quand la tempête de l’intolérance et du sectarisme les menace et ceux là ne m’offensent pas. Ils m'émigrent dans leur cœur, me promettent de me faire aimer l’agouti fumé de la havane, de m’ensorceler devant la Macaréna de Séville, de me faire danser sur le Zocalo Mexicain, dans une affection œcuménique pourvue d’intelligence et de finesse.

Our body, à tombeau ouvert


Dimanche 29 février 2009

Dimanche 29 février, dix heures et des poussières, pas une heure pour balayer du regard des cadavres humains et jouer aux apprentis médecins légistes et pourtant; me voilà face à l'exposition dérangeante du moment: « Our Body, à corps ouvert"

Comment vous dire, tout d'abord, imaginez votre voisin de palier adoré, coupé en petites rondelles et exposé exsangue sous une petite lumière tamisée. Contemplez ensuite l'écorché vif de vos années collèges, version macabé, conservé selon un nouveau procédé où les fluides corporels sont remplacés par des polymères, à vie éternelle.

Tout y passe, bite, utérus, intestin grêle, cervelle aux petits rognons, tout cela pour quinze euros quand même, à vot'bon cœur msieurdames. Un jeune visiteur qui n'a rien dans le ventre s'évanouit dans l'allée centrale, âmes sensibles s'abstenir.

Le clou de la visite, c'est quand même cette peau scalpée, façon "Silence des agneaux" de la tête aux pieds comme une carpette à la Buffalo Bill.

En sortant, j'ai besoin d'un café bien noir car je suis un peu pâle du visage et je sais que désormais je ne regarderais plus mon corps comme avant.

• ESPACE 12 MADELEINE, 12 boulevard de la Madeleine - 75009 Paris
Métro : Madeleine
"Our body, à corps ouverts"


Météo Capricieuse


Dimanche 23 Novembre 2008

Aujourd’hui j’ai lézardé sur la toile. Sous le soleil de ma lampe halogène, j’attends en vain un rayon de lumière doré. Vers quinze heures, il entre enfin par la fenêtre de mon live Messenger, car c’est bien de vie dont je vais vous parler ; celle qui irradie le visage vif-argent d’un homme, qui met aux piloris les lymphocytes et qui lisse les effets du temps comme une insuffisance acquise.
Samuel vient de fêter ses vingt six ans, il a le doux accent des iliens méridionaux, noyé dans l’éclatante finesse d’une ile de beauté.
La conversation s’engage, absence, questions, silence… il finit par me cracher le morceau sur sa jeune séropositivité et cela me troue le cul, comme un rugissement de douleur pendant l’empalement.
La capote a craqué, mais le bonhomme a les nerfs solides. Il fait face dignement. Il écrème vaillamment ses velléités de vengeance envers l’enculé qui ne lui a rien dit.
Ensuite, je me lance dans un discours d’inauguration ; il va te falloir appréhender de nouvelles sensations, dompter des émotions à effets secondaires, calquer parfois ton existence sur celles de tes compagnons d’armes. Je sais d’ailleurs que tu y penses sans cesse, alors que le temps se fait plus changeant et asymptomatique.
Sam, la vie vaut bien la peine d’être vécue en effet, les obstacles qu’on place sur les pistes de courses sont franchis par l’affirmation vigoureuse des personnalités, comme un remède.


* Son prénom a été changé volontairement.

Soirée à CentQuatre


Jeudi 20 Novembre 2008

Hier je suis allé au CentQuatre. Enfin c’est beaucoup écrire, car nous étions à peine une dizaine à hanter ces anciennes pompes funèbres, où les dépouilles jadis, défilaient par milliers.
Il faut dire que ce nouveau temple de l’art néo post-bobo se dandine à deux encablures de mon habitation à loyer immodéré et qu’en bon Delanoiste respecté, il est vital pour moi de jouir enfin de cette culture asexuée.
Je longe la rue d’Aubervilliers; immeubles en ruine, vagabonds shootés au RMI et chefs d’œuvres en péril. J’arrive devant la bête; quarante mille mètres carrés de langages artistiques, d’expositions plastiques, d’artistes anonymes et d'étudiants-guides qui gagnent à être connu.
Beaucoup d’ateliers sont fermés ou pire carrément moches mais le Cent Quatre veut satisfaire notre quête du beau. Le lieu s'annonce pourtant spendide, il est de pierre, de ciment Portland et de béton armé. Parfois j’ai envie de sortir un pistolet à laser tellement je me sens dans un décor futuriste.
Mais l’heure est tardive, il n’y a pas un chat. L’art sort ses griffes sous mes yeux frigorifiés et même un conférencier blondinet à la toison or et feu n’arrive pas à me réchauffer.
Je quitte donc le 104, comme on délaisse un amant, avec l’impression d’un soir de n’avoir pas tiré le bon numéro.


Le Cent Quatre (Établissement artistique de la Ville de Paris) - 11 bis, rue Curial, 75019 Paris ; jusqu’à l’ouverture mi-octobre, Puis 104, rue d'Aubervilliers, 75019 Paris (01 40 05 51 71 - http://www.104.fr/

Un dimanche à la Toussaint


Dimanche 9 Novembre 2008

Aujourd’hui j’ai fait du jardinage, car il y en a des mauvaises herbes à arracher sur ta tombe papy. Trente cinq ans six pieds sous terre, à Montreuil, sur les hauteurs de la ville, quand la bise du nord caresse mes joues et grave les larmes dans le marbre. Pourtant je ne t’ai jamais embrassé, je ne connais pas les nervures de ton sourire, tu restes pour moi un inconnu sur papier glacé.
Tu étais parait-il un jeune Breton aux cheveux d’une couleur entre le doré et le châtain clair et tu menais rudement ta vie, sans concessions cadastrées.
J’ai du mal à te retrouver, je hante un moment, comme un rat brun, les allées bordées de granits individuels et lignagers; toi rongé par la peste, toi bouffée par un cancer, toi passé sous un train et à la postérité.
Enfin j’aperçois mon nom d’ancêtre en lettres d’or, Henri P, comme Putain de merde de vie qui fait crever les gens bien dans la force de l’âge et nous laisse mal, jusqu’à la mort.
Bon, j’ai fait ce que j’ai pu tu sais, j’ai planté sur la partie basse de la stèle une fougère indigène, histoire de te dire un peu qui je suis, puis j’ai admiré le silence, un peu comme dans une forêt noire.
Après, je ne sais quoi faire, je gratte mes ongles noircis de jardinier amateur, fier de mon arbre généalogique.
Grand-père, je suis enfin sorti de mon terrier, après toutes ces années à cultiver le remord et ma peine est désormais au repos, telle une jachère.

France for Obama



Mercredi 29 Octobre 2008


J'annonce tout de suite la couleur monsieur; je ne vous envisage pas comme président. Vous rendez vous compte, que le noir et le blanc du cliché vous rendent pourtant charmant, presque non-conformiste. Vos cheveux blonds ont déjà le reflet d'une Amérique à la moralité sévère, rigide, qui sent parfois le purin, comme un ex cowboy, et aussi votre chemise froissée, qui cache désormais la peau fripée d'un Politique conservateur en charge des collections d'un musée.
Votre corps meurtris redore un peu votre blason et je salue de la main droite, votre bras gauche qui ne se lève plus.
Mais tout cela finalement c'est une histoire de sang-mêlé, le monde entier soutient majoritairement votre adversaire Obama et s'enthousiasme sur le scalp du pouvoir par une peau noire.
Alors à tous les chercheurs d'or pusillanimes, vous pouvez rejeter à la rivière une pépite ou bien la libérer et la sertir, comme un diamant.



Photo : John McCain en 1974

BIENTOT LE RETOUR....

Un Brando nommé désir

Jeudi 14 aout 2008

Ce soir je suis amoureux de Marlon Brando. Je le vois sur la photo; la lèvre pulpeuse, le biceps assoiffé de tendresse, le regard carnassier, le sexe compressé par le conformiste des années d’après guerre.
En fait le bonhomme est un sex-symbol.Il libère toute la puissance fantasmatique de son tee- shirt en coton, quand il l’achète une taille trop petit, le tout servit par un immense talent d’acteur, forcement.
Il faisait même sécher son jeans à même la peau, pour mieux le porter moulant et faire bander l’Amérique de jour comme de nuit.
Le biographe* couche ses derniers secrets pour nous dire que le prince Marlon était une grosse salope, avec les hommes, les femmes, par centaines de dizaines, comme un sacre.
A 19 ans, il voulait botter le cul de New York, domestiquer sa nature brute au service du théâtre et du cinéma.
Son allure époustouflante ne se contentait pas de la magnificence de son corps, elle s’attardait également sur le sort des noirs, des indiens, au travers d’une existence qui ne se termine pourtant pas en beauté.
Alors, Brando, au paradis des grands, initiateur du mythe masculin hypersexué flamboyant, comme j’aurais aimé te conter fleurette.


* Marlon Brando "Les derniers secrets" Darwin Porter, nouveau monde éditions.

Spectacle de pyrotechnie


Mercredi 23 juillet 2008

Les vestiaires du club de gym, explosent parfois comme un feu d’artifice des sens. C’est d’abord le parfum du camphre et de l’eucalyptus, comme au temps où les marchands Malais les vendaient aux négociants venu d’Inde et du Moyen-Orient, qui massent aujourd’hui notre égo et ruinent nos espoirs de sur performance. C’est aussi cet étalage de bites, qu’on croirait plus grosses les unes que les autres, comme pendant les beaux jours de marché où les concombres à tiges grimpantes attendent d’être consommés, c’est enfin les bars d’eau chauffée qui ruissèlent sur les torses musclés, comme des cascades incandescentes.

Dans cet espace clos et dictatorial ; la bidoche est reine ; cuisses, épaules, fessiers, mollets, tout y passe. Certains sont comme des bouchers en mal de carcasses, à la recherche de quelques morceaux à farcir, genre veaux aux hormones, beaucoup ont le feu au cul et s'eternisent sous les douches comme pour domestiquer l'incendie, d'autres se finissent à la maison, en rentrant, à la manière d'une félonie.

Le bouquet final se tire au sauna, où la pièce la plus populaire est la bombe. Celui-ci agit comme un allumeur, il provoque une combustion de notre libido et libère chez quelques uns leurs charges explosives, jusqu’à la petite mort. J’espère au moins qu'il offrira son corps à la science, car tout ceci n’est finalement que jet d’eau et feu de Bengale.


Chienne de vie


Samedi 19 juillet 2008

Au secours les filles, l’homosexuel 2008 est en passe de devenir femme. Loin de nous le temps des injections d’œstrogènes, de progestérones et des vaginoplasties ; la mutation s’opère dans le Petit Robert et s’accorde désormais au féminin singulier.
Déjà il y a la couverture de Tétu Magazine qui demande « quelle cochonne êtes-vous ? » et qui veut tester notre libido pour mieux nous faire grogner de plaisir, il y a aussi l’univers fantasmatique des sites internet où Jean-Olivier devient assez salope, pour que Mohamed rêve d’être sa femelle et que Bruno crève d’envie d’exhiber sa chatte, comme une chienne. Il y a enfin le barebacker qui milite pour se faire féconder comme une meuf, en se faisant traiter de pute.
Je réalise soudain que des années de luttes et de combats d’arrières gardes pour asseoir la masculinité de notre Gay Erectus sont balayées d’un revers de braguette par la féminisation galopante des adjectifs.
Il aura fallu trente ans de libération sexuelle pour que l’homme qui aime les hommes révèle enfin la part de féminité qui est en lui, sans faux-semblant. Ainsi le comble de l’excitation est de traiter un homme pire qu'une femme, sans qu’il soit difficile d’en supporter davantage et peut être même de façon indigne. Pour l’instant, je préfère l’indolence d’une nuit d’été, à rêver de n’être jamais pris pour ce que je ne suis pas, caressé par le mugissement des flots.

Soldes de tout compte


Samedi 28 Juin 2008


Rue de Rivoli, dix-sept heures trente ; c’est le cirque. Je suis comme un acrobate qui cherche son équilibre au milieu de la foule bigarrée. Mais l‘exercice est périlleux, j’essaye un mocassin noir, debout sur une jambe et j’ai l’air d’un clown. Cependant, le numéro en vaut la chandelle; moins cinquante pour cent sur une paire de godasses accouchée en Chine par une pékinoise qui peine à nourrir son fils unique, c’est trop jouissif.

C’est déjà l’été, ma carte bleue chauffe sous les néons de la société de consommation et du baril à cent quarante dollars. A ce prix la, je peux bien craquer pour une superbe casquette bleue pétrole, en plein choc.

Dans les rayons de Zara, le plus harcelant pourtant, c’est le choix. Compressé entre l’achat chipoteur et la dépense chimérique, je caresse à l’excès les cotons, les jeans, les polyesters, fibres synthétiques d’amidon et d’hydrocarbures aussi. Je redécouvre le plaisir du toucher, comme pour apprécier la forme et l’état extérieur des corps.

Soudain, je me sens emprisonné par cette valse des étiquettes, presque à la solde d’un pouvoir d’achat dont les médias nous rendent esclaves et je fuis.

Mais je ne dois rien à personne et à l’avenir, je vais m’ingénier à gravir les barreaux de l’échelle sociale comme pour sortir un peu d’une existence au rabais.

Euro 2008 suite et fin par l'excellent David Foissard

Lundi 23 Juin 2008


Euro 2008 et les gays : Je crois qu’ils s’en foot


Dimanche 15 Juin 2008

Il faut parfois éviter les lieux communs, tacler les notions vagues et imprécises qui mènent droit aux généralités, mais accepter les évidences : le gay n’aime pas le football.

En plein Euro 2008 et alors même que l’équipe de France exhibe ses cuisses musclées aux caméras du monde entier, notre ami boude la compétition, totalement hors-jeu.

Il y a peut-être l’aspect collectif du sport, qui s’accommode mal de la marginalité de l’amour des garçons qui isole souvent le temps d’une enfance brumeuse. Il y a aussi la promiscuité du désir; voisinage désagréable du fantasme sexuel et de la proximité choquante. Enfin il y a le combat à livrer contre un adversaire, une guerre des nerfs maudite pour notre objecteur de conscience érigé en mauviette.

Alors quand l’arbitre siffle la fin du match, on remercie le Paris Foot gay de défendre le droit à la différence, car eux sont gays et jouent au foot avec ou sans prolongations.

Cette tendance à s’affirmer indépendamment des autres entraine l'homosexuel dès sa plus tendre enfance sur un terrain boueux, où la société bien pensante lui coupe l’herbe sous le pied et le prive ainsi sans carton rouge de la quintessence du groupe.